Émeutes au Chili : la « stratégie du choc » pour engranger des bénéfices

Émeutes au Chili : la « stratégie du choc » pour engranger des bénéfices

« Nous sommes en guerre (…). Qui aurait pu prédire ces mots prononcés en octobre 2019 par Sebastián Piñera, président chilien corrompu jusqu’à l’os. Quelle occasion plus rêvée que les émeutes au Chili pour diviser les ses habitants afin de vendre le pays au libéralisme très offrant. Car diviser, c’est mieux régner. Les manifestants d’un côté, les militaires de l’autre et les le reste mécontents de ce “printemps chilien” au milieu.

Les quelques 80 étudiants de l’Instituto nacional qui ont passé les portes de deux stations de métro de Santiago du Chili avaient-ils imaginé de telles émeutes au Chili ? C’était le 11 octobre 2019. Un premier acte massif pour protester contre la hausse du tarif des tickets de transport. Une goutte d’eau de trop dans ce vase du libéralisme américain qui abreuve les maigres pousses de l’économie chilienne.

Avant de poursuivre et pour assurer l’honnêteté intellectuelle de mes propos, je tiens à noter que les informations que je rapporte sont issues de communications réelles et directes, de mon expérience en tant qu’habitant de la République du Chili et de mes liens culturels avec ce dernier. Les pires heures de la dictature chilienne des années 70 peuvent-elles se reproduire ? Loin du formalisme médiatique, loin de la bien-pensance établie, mes propos sont ceux du terrain.

Les instructions que reçoit l’armée chilienne pour provoquer des saccages

Message whatsapp d’un étudiant de l’armée chilienne, reçu lundi 21 octobre 2019, par messenger :

« Avertissez le plus de monde possible et partagez ce message à travers vos contacts. Une fois publié, j’éliminerai mon compte. Bonjour, je suis Chilien, je suis militaire chilien, de l’état, à Arica. Voilà les instructions reçues ici : « Si les émeutes à Santiago ne s’arrêtent pas, nous devrons employer les grands moyens.Sortez vos munitions de guerre et tirez sur la foule pour tuer. » Il se passera la même chose que pendant le coup d’état chilien. Il y aura des disparitions, des gens torturés, tués. (…). Ici, les généraux, les officiers, les sous-officiers, tout le monde courent dans tous les sens pour préparer les armements, les munitions de guerres et les équipements. Toutes les salles sont ouvertes pour sortir des tonnes de matériel de guerre. Il y a des militaires en civil. Faites attentions ! Il y a des militaires vêtus en civils qui ont pour ordre de tirer (…). Je suis en train de faire mon équivalence pour mes études… Littéralement, on nous dit « il va se passer ça, ça et ça. On va vous donner un pistolet, un chargeur de 12 balles et une balle dans la chambre de combustion (…). Je suis en train d’étudier avec un putain de pistolet de guerre ! »

Vidéo postée par David Eduardo sur Facebook, lundi 21 octobre 2019 :

Une petite foule amassée devant un militaire de l’armée chilienne en treillis écoute ses instructions. Le commentaire de celui qui poste la vidéo est le suivant :

« Effectivement, des groupes organisés sont en train de piller les supermarchés. Et regardez bien qui les organise. »Dans son espagnol très chilien, le militaire coiffé de son casque et posté à l’entrée d’un supermarché crie :« Nous allons sortir tout ce que nous pourrons sortir… Après cela, vous allez pouvoir rentrer, tout emporter, tranquillement. C’est entendu avec le chef. »

La stratégie de choc sert à impressionner la foule et exacerber le pouvoir militaro-libéral, la cause des émeutes au Chili
Source: afp.com
La stratégie de choc sert à impressionner la foule et exacerber le pouvoir militaro-libéral, la cause des émeutes au Chili
Source: afp.com

Bientôt, ces publications seront impossibles: c’est ce qu’explique un audio transmis par Messenger d’un employé de « Pronto », une compagnie qui apporte des lignes de réseau à la majorité des opérateurs du Chili. WOM, Claro et Entel comptent parmi les principaux. Ces deux dernières ont demandé à Pronto de supprimer le signal de ses antennes de réseau 4G. En d’autres termes, explique l’exécuteur de cette action, le téléphone va marquer « 4G », mais avec un mauvais signal. L’objectif est de ne pas permettre aux gens d’utiliser d’autres outils que les appels téléphoniques et whatsapp. Cela sans pouvoir télécharger de photos ou vidéos. L’idée ? Couper la communication, établir la censure au Chili, bien sûr !

Tirs à balles réelles pendant les émeutes au Chili et arrestations à la chaîne

Les vidéos ne trompent pas. Elles suivent les instructions données par la hiérarchie militaire. Nombreuses sont celles qui circulaient, nombreuses sont celles qui furent curieusement supprimées dans la foulée. Pour limiter la censure au Chili, il faut encore partager rapidement et en boucle les images choc. Les manifestations à Santiago sont modestes. Des casseroles, des spatules et des jets de pierre. Les répliques sont sanglantes. Des jets d’eau pour dissiper la foule, des bombes lacrymogènes, des lynchages sur des personnes de tous les âges et des tirs à balles réelles.

Le bilan de ces émeutes au Chili ? 15 morts, 239 blessés et plus de 2150 personnes arrêtées dont 244 pour ne pas avoir respecté le couvre-feu. Ces données sont celles véhiculées par les médias un mois plus tard. Les chiffres seraient bien supérieurs en réalité. Sans compter les disparus…Connaissant la situation de violence actuelle, comment ne pas faire le lien avec la campagne de “restitution d’armes” (“Entrega tu arma”) que le ministère de l’intérieur chilien a lancé pour inciter les citoyens à rendre leurs armes? Débuté sous la présidence de Bachelet, renforcée sous celle de Piñera dès son entrée à la Moneda (le palais présidentiel), on comprend désormais la démarche. Cette campagne était la conséquence direct d’une loi renforçant le contrôle des armes au Chili. Des milliers d’armes en tout genre furent rendues. Aujourd’hui, la population ne fait pas le poids. Les bien-pensants peuvent s’offusquer d’une telle idée complotiste, mais la coïncidence est bien curieuse.

Simulacres de saccages et arrestation en masse pendant les émeutes au Chili
Source: 14ymedio.com
Simulacres de saccages et arrestation en masse pendant les émeutes au Chili
Source: 14ymedio.com

Les dégâts matériels sont immenses. Plusieurs centaines de millions d’euros sont prévu pour remettre en service les lignes de transport. Plus de la moitié des 136 stations de métro de Santiago du Chili furent détruites ou en parties détruites. De nombreuses stations de bus, des grandes boutiques ou des supermarchés se sont embrasées. L’incendie le plus incroyable fut celui qui a brûler le siège de la compagnie distributrice de gaz et d’électricité de la capitale. Cette immense tour dont on ne voit plus que la carcasse suscite bien des interrogations. Comment des manifestant sans armes ni moyens auraient-ils put provoquer un tel incendie ? D’autant plus que ce 19 octobre 2019 ils n’étaient pas préparer à de telles actes. Les instructions de l’armée, révélées par des vidéos partagées sur les réseaux sociaux laissent songeurs.Des manifestations de soutien se font entendre à travers le monde comme en Allemagne ou en Australie. En France, à Paris, quelques 400 Chiliens résidents en France sont venus manifester par solidarité devant l’ambassade chilienne. Ils ont notamment demandé la démission de Piñera.

“Chicago boys” et stratégie de choc comme cause des émeutes au Chili

Le chaos qui règne depuis le début des émeutes au Chili ne doit rien au hasard. Il est issu d’une politique néolibérale puisée dans la doctrine étasunienne importé au Chili dans les années 60. Ces idées monétaristes font leur entrée au Chili grâce à une convention entre la prestigieuse université pontificale catholique de Santiago et l’école d’économie de Chicago. Dans cette école, les figures de proue ne sont autre que Milton Friedman et Arnold Harberger, les pères du tout libéral. Des professeurs de Chicago font le voyage à Santiago pour enseigner et les meilleurs étudiants de l’université catholique font le voyage en sens inverse. Les Chicago Boys sont nés. Toute cette clique va apporter son aide aux militaires de la future dictature de Pinochet, aux mouvements intégristes chiliens et cela, sous la protection de la CIA.

De cette université endoctrinée sort le théoricien Jaime Guzmán, père de la constitution chilienne qui n’a pas changé depuis le gouvernement de Pinochet. C’est avec cette base intellectuelle, largement répandue dans le milieu politique jusqu’à aujourd’hui, que l’ouverture soudaine et indiscriminée au marché mondiale s’est faite. Une « stratégie du choc » (décrite par Naomie Klein dans un livre éponyme) qui développe l’idée que l’hypercapitalisme associé au corporatisme de quelques dirigeants qui provoquent et entretiennent le chaos dans la sphère publique cherchent là des occasions d’engendrer des profits. Reconstruire le métro de Santiago, les voies publiques, les édifices brûlés et l’affaiblissement de la population ne permettra-t-il pas au FMI, à la banque mondiale de recourir au chantage pour privatiser davantage l’économie.

La doctrine des "Chicago Boys" ou l'école de l'ultra libéralisme à la chilienne est la cause des émeutes au Chili
Source: youtube.com
La doctrine des « Chicago Boys » ou l’école de l’ultra libéralisme à la chilienne est la cause des émeutes au Chili
Source: youtube.com

Cette idéologie libérale se moque des plus démunis comme s’en moquent actuellement à tour de rôle les dirigeants politiques chiliens.

Comme le ministre du travail chilien qui propose aux citoyens de travailler 10 ans de plus pour améliorer leurs pensions de retraites. L’âge de départ à la retraite est déjà de 65 ans pour les hommes et de 60 ans pour les femmes. En réalité, les Chiliens sont obligés de travailler toute leur vie pour survivre. Leurs pensions dépassent difficilement les 300 euros. Une somme dérisoire dans un pays au coût de vie similaire à celui de la France.

Comme le ministre de la santé qui proposent aux gens d’aller aux urgences de nuit et de se faire des heures de bénévolat en attendant leur tour et ce pour désengorger les hôpitaux.

Comme le ministre de l’intérieur qui, pour réagir à l’éventuelle baisse des heures de travail, se demande comment fera un pilote d’avion s’il est en plein vol et que ses 40 heures hebdomadaires prennent fin. Comme le ministre de l’éducation qui propose de faire des tombolas pour la reconstruction des collèges. Et cet autre ministre qui donne l’idée d’acheter des fleurs car c’est ce qu’il y a de moins cher dans le commerce.

Au Chili comme ailleurs, nos dirigeants-dictateurs se moquent de nous. Les mobilisations ne s’éteignent pourtant pas depuis celles qui ont éclater en Equateur en 2019. Après les émeutes au Chili, les Chiliens manifestent toujours chaque semaine pour se faire entendre. La vague de l’info exclusive passée, les médias se lassent. Ils n’entendent pas l’échos du monde et pourtant, il résonne.

CandiceM

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