Le monothéisme ou la matrice du rationalisme capitaliste

Le monothéisme ou la matrice du rationalisme capitaliste

Le monothéisme offre, qu’on le veuille ou non, une spiritualité linéaire. Dieu, le messie et le fidèle : telle est la hiérarchie qui caractérise les trois grands monothéismes universalistes. Pouvait-il en être autrement ? Le monothéisme est-il la suite naturelle de la spiritualité que l’Homme a toujours recherché ? Avons-nous besoin d’une telle structure qui, soit dit en passant, est retranscrit dans notre société. Comme nous le verrons, le monothéisme ressemble davantage à ses messies qu’au dieu qu’il représente. Car au final, il n’y a qu’un seul monothéisme, car il n’y a qu’un seul et même dieu quelque soit la religion qui le sert. Nos guerres ancestrales sont donc vaines.

Les polythéismes ou la pluralité d’esprit

Si les polythéismes du monde entier ont chacun leurs caractéristiques, tous ont en commun leur concept : celui de l’ouverture à d’autres dieux. Les polythéismes ont été vulgairement mis au rang de paganismes par les religions autoritaires car ils ne sont pas figés et peuvent intégrer d’autres dieux. La transmission souvent orale de ces croyances participe à cette ouverture.

Un besoin de comprendre l’inconnu pour ne plus avoir peur

La peur. Serait-ce elle le vecteur de toutes nos actions et de notre imagination ? Effectivement, il fallait bien tacher d’imaginer le monde pour se l’approprier. Pour ne plus avoir peur, en somme. Il fallait se donner une place en son sein pour qu’il ne soit pas étranger. En l’assimilant, ce monde, il serait comme nous. Il aurait nos émotions, nos humeurs. L’humanoïde que nous étions ne connaissait rien de mieux que son fonctionnement intérieur. Alors, il a transposé ses émotions à l’échelle de son environnement. La tempête gronde de la même façon que nous nous mettons en colère, le vent souffle comme nous soufflons, le soleil se lève et se couche comme nous nous levons et nous nous couchons. Si cette nature mystérieuse vit de la même façon que nous, alors elle doit avoir une âme.

 Monothéisme ou polythéisme, les hommes ont toujours cherché à entrer en contact avec le divin. Source: actualitix.com
Monothéisme ou polythéisme, les hommes ont toujours cherché à entrer en contact avec le divin. Source: actualitix.com

Si le ciel se déchire au loin, si la terre tremble, c’est parce qu’il y a une entité pour le déchirer ou pour la faire trembler. De fait, pourquoi se déchire-t-il ? Pourquoi tremble-t-elle ? A-t-on dérangé la Terre ? Il fallut la comprendre, il fallut parler aux éléments qui la composent. D’aussi loin que les hommes ont une sensibilité spirituelle, ils ont toujours cherché à entrer en contact avec eux. Magie, sorcellerie, transe :  le corps humain fut longtemps le moyen de faire communiquer les âmes. Loin des codes pudibonds des sociétés rationalisées, nos ancêtres préhistoriques livraient à la nature créatrice leurs énergies. En interaction avec elle, ils donnaient du sens à leur existence. Certaines tribus le font toujours.

Une inéluctable nécessité d’organiser les croyances

 Animisme : tel est le terme un peu vague pour désigner toutes ces croyances primitives qui ne font pas partie du monothéisme « civilisationnel ».
Source: voyageindonésie.com
Animisme : tel est le terme un peu vague pour désigner toutes ces croyances primitives qui ne font pas partie du monothéisme « civilisationnel ».
Source: voyageindonésie.com

Ce que l’on ne nommait pas au début a fini par porter un nom. Animisme : tel est le terme un peu vague pour désigner toutes ces croyances primitives qui ne font pas partie des religions « civilisationnelles ». Les chamans sont nos prêtres, les cérémonies sont nos messes, les totems, nos autels et les sacrifices, nos hosties. Avant les religions universalistes que sont les trois religions monothéistes, le polythéisme fut une longue étape dans la quête spirituelle de l’homme. Le polythéisme est en quelque sorte de l’animisme plus organisé. Il se caractérise par un monde plus distancié des hommes dans lequel les dieux vivent leur propre vie. Ce qui émanait de la nature alentour émane désormais du Panthéon des dieux.

 Même avant le monothéisme, les temples ou les rois des grandes cités ont été les piliers structurés de ce qui se faisait spontanément.
Source: fr.dreamstime.com
Même avant le monothéisme, les temples ou les rois des grandes cités ont été les piliers structurés de ce qui se faisait spontanément.
Source: fr.dreamstime.com

On le voit avec le polythéisme qui fut la continuité plus élaborée de l’animisme, les hommes se sont petit à petit éloignés des esprits. Les temples imposants ou les rois des grandes cités ont été les piliers structurés de ce qui se faisait spontanément au départ et avec trois fois rien. Il faut dire, la taille d’une tribu permet une organisation plus simple et plus rapide des cérémonies sacrées. Cependant, bien plus que la taille, c’est la complexité de l’organisation des sociétés qui a conduit à la rationalisation des cultes.

En somme, plus le peuple est important, plus la société s’organise ou s’institutionnalise. Plus elle s’institutionnalise, plus elle se rationalise. Dans un mimétisme synchronisé, la religion est la forme rationnelle des croyances. Elle est l’ombre de la société qu’elle alimente. Ou serait-ce l’inverse ? Quel est le substrat de nos modes de pensée ? Selon l’orientation du focus de lumière, une ombre peut devancer son objet.

Le monothéisme, ça sert à faire la guerre

La formule n’est qu’à peine abusive si l’on considère le contexte belliqueux dans lequel sont nées la première religion monothéiste tout comme la troisième. Le christianisme quant à lui est né dans un contexte de tension plutôt lié à la soumission d’un peuple qu’à une guerre directe.

Le monothéisme « tout puissant » est belliqueux par essence ou il le devient  

Le judaïsme et le christianisme au service de la politique

 Ambitieux, le petit roi de Juda voulait faire un grand royaume hébreu. Il a conçu le premier grand monothéisme. Ici,  le scribe Shafân présente le livre de la Loi au roi Josias ( Léonard Bramer, 1650 ) 
Source: interbible.org
Ambitieux, le petit roi de Juda voulait faire un grand royaume hébreu. Il a conçu le premier grand monothéisme. Ici, le scribe Shafân présente le livre de la Loi au roi Josias ( Léonard Bramer, 1650 )
Source: interbible.org

Et si les messies des trois religions monothéistes qui gouvernent le monde n’étaient autres que de bon communicants politiques ? A commencé par le roi Josias, le concepteur du judaïsme. Ambitieux, ce petit roi voulait faire un grand royaume hébreu en alliant le sien, celui de Juda, au royaume d’Israël au nord. Il profite de l’affaiblissement des Assyriens qui avaient colonisé Israël pour galvaniser la foule. Il prétend découvrir un texte sacré dans les murs du temple de Salomon qui raconte l’histoire de son peuple avec un certain YHVH. C’est le Deutéronome. Dans une mise en scène grandiose, il lit à la foule son texte de loi telle une constitution.

Il sera l’outil d’expansion, d’unification et de contrôle du royaume de Judée. Sacré coup politique ! Si cette opération de communication fonctionne, c’est parce que Yahvé, dieu de la tempête et de la guerre, s’était détaché du panthéon des dieux du peuple hébreu. Comme beaucoup de tribus de cette zone aride, ce peuple idolâtrait depuis longtemps un dieu principal.

Littéralement, on nomme cette idolâtrie d’un dieu prédominant ou monolâtrie : hénothéisme. Les croyances polythéistes étaient d’ailleurs souvent de l’hénothéisme. On peut ainsi penser aux Grecs qui, selon les citées, vénéraient un dieu plus que d’autres. On peut également penser aux Égyptiens qui, au gré des pharaons, vénéraient principalement un dieu dans leur panthéon. L’hindouisme, la troisième religion au monde, est souvent considérée comme hénothéiste et pourtant… elle est plutôt une philosophie.

L’hindouisme, la troisième religion au monde, est souvent considérée comme hénothéiste (entre polythéisme et monothéisme) et pourtant… elle est plutôt une philosophie.  
Source: contourdumonde.com
L’hindouisme, la troisième religion au monde, est souvent considérée comme hénothéiste (entre polythéisme et monothéisme) et pourtant… elle est plutôt une philosophie.
Source: contourdumonde.com

Mahomet, ce guerrier

Quoiqu’il en soit, ces courants spirituels ont en commun leur ouverture et leur passivité. En effet, aucun d’entre eux a pour objectif de s’étendre et de s’imposer au monde. Dans ces joyeux polythéismes, les dieux des tribus nouvellement rattachées à un peuple étaient acceptés dans le panthéon déjà constitué.

Une ouverture inconcevable dans le monothéisme. Si l’on voulait user d’un esprit critique à propos des fondements des trois religions principales, il serait approprié de définir le judaïsme comme « communautaire », le christianisme comme « donneur de leçons », et l’islam comme « expansionniste ». Le grand historien Robert Mantran expliquait que « l’expansion musulmane » est la plus juste définition qui soit pour exprimer le fondement de l’islam.

 En attaquant les caravanes et les oasis (villes), le messie de dieu et ses fidèles ont esquisser les prémices de leurs guerres au nom d'un monothéisme. 
Source: kabyles.com
En attaquant les caravanes et les oasis (villes), le messie de dieu et ses fidèles ont esquisser les prémices de leurs guerres au nom d’un monothéisme.
Source: kabyles.com

C’est en émigrant vers la future Médine que Mahomet a finalement débuter ce processus d’expansion. Ainsi le voulait Allah. De même, en attaquant les caravanes et les oasis (villes), le messie de dieu et ses fidèles ont esquissé les prémices de leurs guerres. N’oublions pas que les razzias et les batailles étaient très courantes entre les tribus arabes. En un temps record, Mahomet à imposer par le « djihad » une religion nouvelle qui embrassera tout le sud du bassin méditerranéen le proche orient et une grande partie de l’Asie centrale.

Le monothéisme universaliste : entre rationalité, verticalité et déterminisme géographique

Figer une croyance pour discipliner l’esprit

Pour le catholicisme, cette « marque de fabrique » n’est pas propre aux fondements de son monothéisme, mais elle finira par l’être au Moyen-âge, notamment avec les croisades. 
Source: soundcloud.com/marcello-joslin/vox-vulgaris-spanish-bombs
Pour le catholicisme, cette « marque de fabrique » n’est pas propre aux fondements de son monothéisme, mais elle finira par l’être au Moyen-âge, notamment avec les croisades.
Source: soundcloud.com/marcello-joslin/vox-vulgaris-spanish-bombs

L’aspect belliqueux caractérise donc les fondements premiers des religions monothéistes. Si pour le catholicisme, cette « marque de fabrique » n’est pas propre à ses fondements, elle finira par l’être au Moyen-âge, notamment avec les croisades.  Cette volonté de rendre une religion toute puissante émane d’un lien de subordination entre le fidèle et le dieu vénéré.

Finalement, bien plus que le nombre de dieux, c’est le rapport au dieu qui distingue largement le polythéisme du monothéisme. Le premier offre au fidèle la possibilité de communiquer directement avec la divinité sans renier d’autres dieux. Cette ouverture vient aussi du fait que le polythéisme s’est enrichie des dieux locaux, propres à une tribu. Lorsque les marchands, les clans se déplaçaient sur le territoire (en Arabie, par exemple), ils apportaient leurs cultes qui finissaient par être acceptés dans la tradition des cultures en place. Les traditions orales ont facilité ce pluralisme.

En effet, quand il n’y a ni dogme, ni livre de loi, ni messie, le lien direct qui lie le fidèle au dieu est plus court. Quand rien n’est écrit ou figé, tout peut changer. En somme, le polythéisme est mobile et horizontal tandis que le monothéiste est rationnel et vertical.

 De l’Irlande à la Syrie, du Rhin au Maghreb, le culte de Mithra Zoroastre, premier vrai monothéisme, fut particulièrement bien implanté chez les soldats romains. 
Source: leg8.fr
De l’Irlande à la Syrie, du Rhin au Maghreb, le culte de Mithra Zoroastre, premier vrai monothéisme, fut particulièrement bien implanté chez les soldats romains.
Source: leg8.fr

Qui se souvient que le zoroastrisme fut la religion monothéiste qui a devancé le judaïsme ? De l’Irlande à la Syrie, du Rhin au Maghreb, le culte de Mithra fut particulièrement bien implanté chez les soldats romains. La rigidité hiérarchique de cette religion vertical sied toujours aux esprits obéissants. Notons au passage que cette religion naquit en Perse, dans une région aride, comme celle où naquirent les trois autres religions monothéistes. Ces croyances universalistes seraient-elles frileuses ?

Le désert est monothéiste

On pourrait simplement reprendre le concept de « déterminisme géographique » pour expliquer cette coïncidence. Une déduction peut-être un peu simpliste. Ainsi, le milieu physique ou environnemental aurait déterminé la façon de penser des habitants de la zone en question. Il est vrai… Comment ne pas voir les forces multiples de la nature, les multiples divinités dans des forêts luxuriantes, dans des fleurs éclatantes, dans des rivières débordantes ou des fruits savoureux ? Sur une terre plus aride, rien de tout cela ne saute aux yeux. Par conséquent, on cherche une réponse plus appropriée à nos problématiques.

Après avoir posé quelques éléments historiques, géopolitiques ou géographiques, certaines idées ou hypothèses peuvent surgir sans trop forcer le raisonnement. L’homme ne perçoit pas l’âme des divinités créatrices Lorsque la nature ne foisonne pas, lorsque la vie n’est pas expressive comme sous les climats tempérés ou humides. Pourquoi existerait-il un dieu de la pluie, s’il n’y a pas de pluie ? Pourquoi croire en une déesse du maïs si tout pousse difficilement ? Pourquoi honorer un dieu de la végétation s’il n’y a que du sable ? Ces divinités propres au panthéon de la civilisation aztèque sont l’antithèse d’un dieu tout puissant, austère et arbitraire.

L’immensité plutôt uniforme du désert et la rigueur de son climat ont fait naître le monothéisme.
Source: amazon.com
L’immensité plutôt uniforme du désert et la rigueur de son climat ont fait naître le monothéisme.
Source: amazon.com

Le désert est monothéiste ! L’immensité plutôt uniforme du désert et la rigueur de son climat ont fait naître une croyance uniforme et rigoureuse. Le monothéisme a voulu détruire les idoles des polythéismes qui se ressentaient, qui se vivaient. Le monothéisme, lui, se pense, s’organise, se hiérarchise. En résumé, le monothéisme est rationaliste. C’est ce rationalisme qui a dirigé la pensé du pourtour méditerranéen depuis cette genèse biblique.

Le monothéisme, ça sert aussi à faire tourner l’économie !

Le rationalisme rejette par essence l’inexplicable. Le monothéisme explique tout par dieu. Ainsi, ces deux concepts vont de pair. Contrairement aux dieux des polythéismes, Yavé, Dieu ou Allah (c’est le même) est l’unique et grand architecte de l’univers. Tout s’explique car il l’a voulu ainsi. Abstraction est fait de la nature et de son essence. L’essence c’est lui. Il organise le monde autour de deux notions antinomiques : le bien/le mal.

Dieu le veut ainsi…

Dès lors, tout ce qui n’est pas lui est à réfuter. Pour les polythéistes, le monde n’est pas manichéen. Il est sensitif et ouvert. Le féminin aussi peu être dieu et nombreuses sont les déesses de la procréation aux panthéons de ces croyances. Les Aztèques avaient même une déesse des amours interdits. Chez les monothéistes, on a préféré considérer ça comme « adultère ».

Si Dieu le veut toujours ainsi, alors tous les excès sont possibles. Le verset 191 de la sourate 2 du Coran peut donc être justifié: (« (…)Tuez-les tous là où vous les trouvez (…) »). Polémique mise à part, notons que le concile Vatican II, ouvert de 1962 à 1965, a permis une révision de la Bible et du fonctionnement de l’Eglise.

Le rationnel, ça rassure

Le rationalisme : voilà ce qui a fait le succès du monothéisme. La spiritualité, abstraite et farfelue, serait-elle moins rassurante qu’une croyance imposante et imposée. On n’entretient plus les dieux mais c’est un seul dieu qui nous considère individuellement. L’humain n’a plus d’effort à fournir pour accepter une réalité aux multiples facettes qui s’explique de multiples façons. Tout est écrit, figé, organisé pour lui. Tout est uniformisé. On se sent guidé et même la mort prend du sens.

 Le monothéisme nous assure un paradis luxuriant. C’est alléchant et rassurant.  
Le couronnement de la Vierge. Le Tintoret
Source: panoramadelart.com
Le monothéisme nous assure un paradis luxuriant. C’est alléchant et rassurant.
Le couronnement de la Vierge. Le Tintoret
Source: panoramadelart.com

Contrairement aux âmes qui se « baladent » puis se réincarnent dans les polythéismes, le monothéisme nous assure un paradis luxuriant. C’est alléchant, concret et rassurant. On serait donc le même, mais dans un monde merveilleux et éternel. Un seul dieu, une seule vie, une seule vision… Cela fait écho à cette hiérarchie linéaire : Un Dieu, un messie, un roi et les fidèles. L’homme aime l’ordre et il le reproduit partout : un patron, un gérant, un référent et les employés. La religion, c’est la matrice de notre société.

Le christianisme créé l’économie de marché, le judaïsme le sert, l’islam s’en contente

L’économie n’aurait pas pris cette tournure si Jésus Christ avait laissé des écrits. C’est ce que propose Rodney Stark, le sociologue américain auteur du « Triomphe de la raison » .

Le christianisme a repousser les limites de la connaissance?

L’économie n’aurait pas pris cette tournure sans le monothéisme et si Jésus Christ avait laissé des écrits. C'est ce que propose Rodney Stark.
Source: livre.fnac.com
L’économie n’aurait pas pris cette tournure sans le monothéisme et si Jésus Christ avait laissé des écrits. C’est ce que propose Rodney Stark.
Source: livre.fnac.com

Le simple fait que Moïse et Mahomet aient littéralement retranscrit les paroles du Dieu a figé la pensé des religions dont ils sont les porte-paroles. C’est pourquoi, ces écrits sont les points d’arrivée d’une façon de penser. A l’inverse, les enseignements du Christ et de son Dieu seraient des points de départ, des outils dogmatiques pour mieux comprendre la nature de dieu. A partir de ce point de départ, les hommes furent poussés à penser plus loin. En poussant plus loin, le progrès est inévitable. Cette théorie, savamment construite dans l’ouvrage de Stark, n’est pas objective et doit rester une possibilité d’argumentation.

Comme développé plus haut, ces trois religions universalo-monothéistes ont façonné un patron de réflexion approprié pour accepter les règles de notre société. La rationalité, du grec « ratio », « calcul », « raisonnement », se retrouve dans notre conception concrète de la vie. Tout est quantifié, prévue, expliqué. L’horizontalité du monothéisme se retrouve dans la hiérarchie institutionnelle, laborale et familiale de notre environnement. Comme notre capitalisme autoritaire où aucune autre économie n’est admise, le monothéisme n’admet aucun autre dieu. De plus, le sujet jugé pour aller au paradis ou en enfer fait face à une autorité unique.

De notre rapport linéaire et horizontal au dieu découle notre individualisme. L’uniformité du monothéisme ne permet pas de comprendre les interactions des éléments de notre environnement. Tout dépend d’une seule entité. Ce dieu s’adresse à chaque individu en lui promettant une éternité merveilleuse. La carotte fait avancer l’âne qui ne voit rien autour.

Quand travail rationalise la croyance

Les effets de la réforme protestante ont fait l'objet d'une analyse sociologique du célèbre Max Weber.
Les effets de la réforme protestante ont fait l’objet d’une analyse sociologique du célèbre Max Weber.

Les effets de la réforme protestante ont fait l’objet d’une analyse sociologique du célèbre Max Weber à la fin du XIXème siècle. Le constat sans appel qu’il fait pour la Prusse, les Pays-Bas ou encore la France démontre la « participation relativement plus forte des protestants à la possession du capital, à la direction et aux emplois supérieurs dans les grandes entreprises ». Pour un protestant, le devoir s’accomplit surtout dans l’exercice d’un métier et l’enrichissement n’est plus un moyen pour vivre mais une fin en soit. Ce protestantisme découle d’une matrice chrétienne mêlée à une influence culturelle particulière.

Quand la finance alimente ce rationalisme

Si l’on s’affranchit du politiquement correct en supposant que le christianisme a favorisé les découvertes en tout genre, alors l’on ne s’offusquera pas en osant faire un lien entre le judaïsme et l’argent. « Tu pourras tirer un intérêt de l’étranger, mais tu n’en tireras point de ton frère (…) » : telle est la phrase du Deutéronome 23, verset 20 qui a déterminer la place des Juifs dans le monde de la finance. Les Juifs ayant le droit de fomenter des bénéfices en prêtant à un étranger et les Chrétiens n’ayant pas le droit de s’enrichir de la sorte, les premiers ont historiquement été les banquiers de ces derniers. Voilà pourquoi, hâtivement, vulgairement parlé, il est possible de dire que le peuple juif a « servi » le capitalisme. Les bienveillants verront cela comme une vertu, les autres comme un vice.

Quand on s’en satisfait

Le Coran impose de garder une vie sobre. C’est pourquoi, l’usure, les jeux de hasard ou la vente d’alcool, par exemple, sont interdits. Cela n’empêche pas le fidèle de posséder et d’accumuler de la richesse dans la mesure ou celle-ci est à Allah. Le musulman est gestionnaire de l’argent de son dieu. N’oublions pas que Mahomet était riche grâce à Khadija qu’il avait épousé. Certains de ses 10 compagnons également. Ainsi, l’islam ne rejette pas l’argent tant que la foi est préservée. On le voit depuis le milieu du XXème siècle et le choc pétrolier, les pétrodollars n’ont cessé d’enrichir une bonne partie du monde arabo-musulman.

Horizontalité – rationalité- exclusivité et autorité : l’essence de la conception du monothéisme est un terreau propice au capitalisme. C’est une matrice à partir de laquelle, siècle après siècle, se sont reproduits et améliorés les principes de l’économie. Même si, en apparence, le monde occidental libéré et libéral domine, ce n’est que de surface. La toile luisante que tissent les médias, internet et la consommation est sous-tendue par une matrice rigide des religions très active. Le tableau est beau en apparence.

CandiceM

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