L’aide publique au développement que nous apportons à l’Afrique ne favorise pas son ascension économique

L’aide publique au développement que nous apportons à l’Afrique ne favorise pas son ascension économique

L’actualité nous montre l’implication de la France et de l’Europe dans la valorisation du développement social en Afrique. En effet, ce continent va se voir octroyer 1,2 milliards d’euros par la France comme aide face à la crise. Pourtant, il ne compte que très peu de cas de décès liés au Covide19. L’Europe lui consacrera 15 milliards d’euros. Cette aide financière ponctuelle s’ajoute à l’aide publique de développement que la France et l’Europe donnent sous différentes formes (dons ou prêts avantageux). En politique, l’altruisme naïf n’existe pas. Alors, pourquoi l’Europe attribue de telles autant d’aides à l’Afrique ? D’où proviennent ces sommes allouées annuellement ? A quoi sert l’aide publique au développement? Quel en est le résultat ? Il s’agira ici de n’évaluer que de façon pragmatique l’efficacité de l’aide au développement.

Ce que l’Europe et la France donnent à l’Afrique

La principale aide financière publique que l’Europe offre à l’Afrique existe depuis soixante ans. L’aide publique au développement (APD) fut calquée sur le principe du plan Marshall. Ce plan financier octroyé aux pays de l’Europe au sortir de la seconde guerre mondiale avait un objectif. Celui de favoriser l’économie des pays détruits pour en faire des partenaires de taille. Des clients en somme. Née dans les années 60, l’APD n’est pas sans lien avec le contexte d’indépendance des anciens pays colonisés. Une fois les colonies indépendantes (françaises ou autre), elles ont continué à recevoir des financements des pays d’Occident. Ces derniers se devaient de maintenir le lien pour raisons économiques et diplomatiques.

L'aide publique au développement, c'est environ 150 milliards de dollars au total en 2018.
Source: bsi-economics.org
L’aide publique au développement, c’est environ 150 milliards de dollars au total en 2018.
Source: bsi-economics.org

Finalement, c’est le nom des aides et des structures qui ont changé. Le mécanisme est resté. La Caisse centrale de la France d’Outre-Mer (la banque des colonies) prend le doux nom de Caisse centrale de coopération économique. Les 28 donateurs de cette APD sont réunis au sein du comité d’aide au développement ou CAD. L’idée ? « Favoriser le développement économique et l’amélioration du niveau de vie de tous les pays en développement ». L’intention: préserver des relations diplomatiques avantageuses tant pour l’Europe que pour les gouvernements africains eux-mêmes.

En 2018, l’APD versée à l’Afrique s’élevait à 29,7 milliards de dollars.

Les chiffres donnent une idée de la quantité de fonds publics que nous apportons à l’Afrique. Ils ne comprennent pas la part importante de fonds privés qui dynamisent l’économie de l’Afrique. Ils ne comptabilisent pas d’autres programmes d’accompagnement comme ceux du FMI. En 2018, l’aide publique versée par les membres du CAD à l’Afrique s’élevait à 29,7 milliards de dollars. C’est une bonne part du montant total de l’APD qui est d’environ 150 milliards de dollars. N’oublions pas que les dons octroyés par les donateurs importants comme la Turquie ou les Emirats arabe unis ne sont pas comptabilisés dans cette aide car ces pays ne font pas partie du CAD.

L'APD a pu atteindre 9% du Revenu national brut (RNB) de certains pays africains.
Source: africa-eu-partnership.org
L’APD a pu atteindre 9% du Revenu national brut (RNB) de certains pays africains.
Source: africa-eu-partnership.org

Le poids de l’APD dans les finances des pays les moins avancés est considérable. Il a pu atteindre 9% du Revenu national brut (RNB) de certains pays. La France se place en 5ème donneur le plus généreux en offrant 12,5 milliards de dollars au fonds de l’APD global. Cette somme (10,3 milliards en euros) ne revient qu’à 0,43 % du revenu national brut. C’est loin des 0,75% voulu par l’OCDE dès les années 60. Cela représente tout de même deux fois le trou de la sécurité sociale (environ 5 milliards d’euros) avant la crise sanitaire du Covid19.

De l’argent « facile » qui ne favorise pas le développement

En 50 ans, ce sont 1000 milliards de dollars d’aide publique au développement qui ont été octroyés à l’Afrique. C’est l’équivalent de dizaines de plans Marshall. De façon générale, l’APD ne cesse de progresser d’année en année alors que nombreux spécialistes s’accordent à dire que son effet est contre-productif. Pourtant, cette aide est donnée avec quelques bonnes intentions.

  • zéro pauvreté
  • faim éradiquée
  • santé améliorée
  • éducation accessible
  • égalité des sexes
  • assainissement des eaux
  • paix, etc…

Les 17 objectifs de développement durable (ODD) fixés dans le cadre de cette APD, ne sont pas vérifiables. En amont, le CAD réalise un examen de chaque pays membre pour analyser ses efforts de coopération pour le développement. Par contre, sur le terrain, rien n’est mesurable. Le réseau de bureaux d’étude et d’ONG qui met en œuvre l’application des objectifs de l’APD ne remet pas en question cette aide. Pourtant, l’évidence est là. Depuis les années 60, la pauvreté augmente en Afrique tandis qu’elle a reculé dans les autres pays qui étaient dans des situations critiques mais qui n’ont pas reçu d’aide ( commme la Tailande ou la Corée). La pauvreté des populations africaines est passée de 11% à 66% entre 1970 et 1988, période où l’APD était à son maximum. Une corrélation troublante.

La pauvreté des populations africaines est passée de 11% à 66% au plus fort des flux de l’APD vers l’Afrique

Déjà, en 1969 un rapport demandé par la Banque mondiale à un ancien premier ministre canadien permet de faire un constat : les échecs en matière de développement des pays dits « pauvres » sont sans appel. Le rapport préconise que 1% de la richesse des pays riches soit octroyé aux pays pauvres. De cette quantité, 0,70% devra être composée d’aide publique. Nos impôts en somme. Ainsi, plutôt que d’utiliser des investissements privés qui obligeraient les entreprises qui les engagent à suivre leurs projets, d’amont en aval, c’est l’argent public qui est déversé dans des structures floues et corrompues. De l’argent qui n’atteint que trop peu les structures d’initiatives locales. Cet argent maintient la structure publique et sociale dans la passivité plutôt que d’amener les Africains à valoriser leur savoir-faire.

La Zambienne Dambisa Moyo, auteur de "L'aide fatale", a suscité la polémique en expliquant que l’aide publique au développement ne sert "à rien".
Source image: fnac.com
La Zambienne Dambisa Moyo, auteur de « L’aide fatale », a suscité la polémique en expliquant que l’aide publique au développement ne sert « à rien ».
Source image: fnac.com

La Zambienne Dambisa Moyo, auteur de « L’aide fatale », a suscité la polémique en expliquant que l’aide publique à l’Afrique envenime la situation calamiteuse des politiques publiques des pays africains depuis 60 ans. Ces derniers la perçoivent comme un revenu sans l’utiliser pour impulser un changement. Pour elle, le « devoir moral » des riches à aider les pauvres est contre-productif. Elle prend pour exemple la Chine, l’Indonésie et l’Inde qui ont été colonisés. Ils ont pourtant réussi à se développer très rapidement et sans aide. Elle dénonce les politiques publiques de la plupart des états africains qui sont incités à ne « rien faire » tant qu’une rente leur sera attribuée.

Un devoir moral des riches envers les pauvre?

Il faut dire, le parcours de l’aide des pays donateurs jusqu’aux fonds des programmes d’initiatives locales des pays africains est mal connu. La corruption dans cette partie du monde est telle qu’elle freine les bonnes intentions des ONG qui mettent en œuvre les projets liés à cette APD. Une étude réalisée par la Banque mondiale (« L’aide financière accaparée par les élites. »), publiée le 18 février 2020 et faisant 45 pages, explique dans quelle proportion l’aide financière qu’elle fournit aux pays nécessiteux se retrouve dans des paradis fiscaux. C’est dire! Sur les 22 pays les plus dépendants de son aide, 19 sont des pays africains. Madagascar détournerait ainsi près de 200 millions de dollars, la Tanzanie, 145 et le Burundi en cacherait 103. Ce phénomène d’ampleur s’ajoute aux sommes astronomiques détournées ailleurs. Cette captation d’argent est un crime lorsque l’on sait que la plupart des Africains ne possèdent pas de compte en banque.

Une aide publique remise en question mais un tabou pour l’OCDE

Au vu des conditions de vie en Afrique qui n’ont cessé de se dégrader, de nombreux spécialistes se sont insurgés contre l’inefficacité des aides de coopération internationales telle l’APD. Au final, tous les spécialistes qui se sont penchés sur la question notent la quasi inefficacité de l’APD. Seules les structures bénéficiaires ou donatrices ne l’admettent pas. Remettre en cause les aides internationales reviendrait à reconnaître ses erreurs.

Les critiques les plus récentes viennent d’économistes, sociologues. Ils sont européens, américains ou africains. L’économiste tchadien Issa Abdelmamout estime que l’APD « sert, pour la grande partie, à financer des œuvres humanitaires, qui finissent par rendre dépendants les pays pauvres bénéficiaires » plutôt que de financer des grands projets pérennes. Cette aide servirait aussi à influencer les gouvernements des pays receveurs. C’est l’avis de l’économiste centrafricain, Kérim Mahamat Adamou qui la voit comme un moyen de pression facile. En effet, l’idée est légitime dans la mesure où il est étrange que des pays persistent à aider d’autres pays nécessiteux. Le devoir moral déjà évoqué pourrait l’expliquer, mais en diplomatie, l’altruisme ne vient pas seul. L’Europe, les Etats-Unis et même les Emirats arabes unis ont besoin de garder une certaine mainmise sur l’Afrique. Préserver son influence est d’autan plus crucial que la Chine est devenue un sérieux adversaire en Afrique.

« Les pays africains dépendant de l’aide n’ont pas à s’inquiéter de ce que souhaite véritablement la population puisque leurs ressources dépendent d’impôts levés à l’étranger. »

La plus critique quant à l’efficacité de l’APD est une fois de plus Dambisa Moyo, la Zambienne. Pour elle, « l’aide est perçue comme une ressource permanente par les Etats récipiendaires. Cela permet à de nombreux gouvernements africains d’abdiquer leurs responsabilités puisqu’ils savent que d’autres financeront l’éducation, la santé ou les infrastructures. ». Elle explique que, en Afrique, la population n’est pas représentée car elle ne paie pas d’impôts. Elle le formule en ces mots : « Les pays africains dépendant de l’aide n’ont pas à s’inquiéter de ce que souhaite véritablement la population puisque leurs ressources dépendent d’impôts levés à l’étranger. » Accepter des aides, c’est maintenir un dictat et, en cela, l’Union européenne est responsable de certaines situations au sud du Sahel.

L’aide au développement: une prime à l’immigration

Pour  Stephen Smith et Serge Michaïlof, l'aide publique au développement favorise l'immigration.
Source de l'image: lalibrairie.com
Pour Stephen Smith et Serge Michaïlof, l’aide publique au développement favorise l’immigration.
Source de l’image: lalibrairie.com

Comme ces auteurs, le grand journaliste Stephen Smith et Serge Michaïlof, chercheur à l’Iris, remettent en question la pertinence des aides internationales versées à l’Afrique. Tous deux invités d’Alain Finkielkraut dans son émission « Réplique » de mars 2018, affirmaient que l’aide au développement est une « prime à la migration ». Alors que cette aide ne permet pas de développer l’économie des pays africains à long terme, elle permet quelques améliorations dans les services public. Ainsi, les moins pauvres, ceux des villes et non des campagnes, accèdent un peu plus aux transports, à l’éducation ou à l’emploi.

Au final, les migrants africains ne quittent que rarement un danger de vie imminent, une répression ou la famine. Ce sont principalement les Somaliens, les Sud-soudanais ou les Érythréens qui fuient pour ces raisons. A travers Internet et la télévision, les Africains d’un niveau de vie moyen voient ce qui se passe en Europe et partent pour améliorer leur qualité de vie. Les pauvres, eux, restent pauvres et ne peuvent espérer partir. Eux n’ont pas les moyens d’accumuler 3 000 ou 5000 euros pour voyager jusque sur le vieux continent.

Il y a deux Afrique: celle d’une jeunesse dynamique et novatrice et celle de la pauvreté implacable

Aujourd’hui l’Afrique est partagée entre deux images d’Epinal. Il y a l’Afrique pauvre, celle des villageois sans eau, sans nourriture et sans avenir. Et puis, il y a l’Afrique dynamique, innovante et rayonnante. C’est celle que l’on voit sur internet et dans certains documentaires. Cette image reflète une histoire manquée car l’Afrique possède des richesses minières et gazières. Par exemple, le Nigeria dépense 10 milliards de dollars par an pour importer les vivres qu’il ne produit pas. Pourtant, la terre y est riche et pourrait être mieux exploitée.

Le journaliste Stephen Smith l’explique très bien : la culture africaine repose sur le nombre. C’est l’homme qui importe tandis que celle de l’Europe repose sur la terre. Lorsque tout était encore possible, entre les années 30 et 60, l’Afrique aurait pu développer sa terre. En relevant cette différence, il explique également que tant que l’Afrique ne saura pas contrôler son taux de natalité, la route vers le développement sera tortueuse.

CandiceM

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